La société italienne Dainese est titulaire du brevet européen EP 1 408 782 désignant la France. Ce brevet concerne des gants renforcés pour motards ainsi qu’un procédé pour leur fabrication.
Les revendications indépendantes de ce brevet sont rédigées comme suit :
1. Procédé de fabrication de vêtement muni d’éléments de protection, caractérisé en ce qu’il comporte les étapes consistant à :
- fournir un premier moule (5) comportant un premier élément de base plan (6) apte à recevoir une première partie de tissu (12), et un premier élément de serrage (7),
- positionner ladite première partie de tissu (12) sur ledit élément de base (6),
- positionner un ou plusieurs éléments de protection (8) dans des positions prédéterminées, chacun desdits éléments de protection (8) étant fabriqué à partir d’un matériau rigide et/ou semi-rigide,
- chauffer le premier élément de serrage (7) à une température prédéterminée,
- serrer le premier moule (5), pendant un intervalle de temps prédéterminé, à l’aide dudit premier élément de serrage (7), en exerçant une pression afin de fixer lesdits éléments de protection (8) sur ladite partie de tissu (12),
- fournir un deuxième moule (10) comportant un deuxième élément de base concave (11) et un deuxième élément de serrage (13) ayant une forme complémentaire à celle dudit deuxième élément de base (11),
- positionner ladite partie de tissu (12), sur laquelle sont fixés lesdits éléments de protection (8), sur ledit deuxième élément de base (11),
- refroidir ledit deuxième moule (10) jusqu’à une température prédéterminée,
- serrer le deuxième moule (10), pendant un intervalle de temps prédéterminé, à l’aide dudit deuxième élément de serrage (13), en exerçant une pression, afin de donner une forme concave audit tissu (12) muni desdits éléments de protection (8) pour permettre à ladite première partie de tissu (12) et aux éléments de protection (8) de prendre de manière permanente la forme du deuxième moule (10),
- fournir un troisième moule (17) comportant un troisième élément de base concave (18) et un troisième élément de serrage (19) ayant une forme complémentaire à celle dudit troisième élément de base (18),
- positionner ladite première partie de tissu (12) munie desdits éléments de protection thermoformés (8) sur ledit troisième élément de base (18),
- positionner un ou plusieurs éléments de rembourrage (15) sur lesdits éléments de protection (8)
- positionner et fixer un deuxième tissu (16) sur ladite première partie de tissu (12),
- chauffer le troisième élément de serrage (19) à une température prédéterminée, et
- serrer le troisième moule (17), pendant un intervalle de temps prédéterminé, à l’aide dudit troisième élément de serrage (19).
8. Gant (20 ; 30) comportant une première partie de tissu (12), un élément de protection (8) fabriqué en un matériau rigide et/ou semi-rigide, un élément de rembourrage (15) et une deuxième partie de tissu (16), caractérisé en ce que :
- ledit élément de protection (8) est fixé sur ladite première partie de tissu (12) et thermoformé par moulage sous pression à chaud et refroidissement consécutif, afin de donner une forme concave à ladite première partie de tissu (12) munie dudit élément de protection (8),
- ledit élément de rembourrage (15) est positionné sur ledit élément de protection (8),
- ladite première partie de tissu (12) est fixée sur ladite seconde partie de tissu (16), et
- ledit élément de protection (8) et ledit élément de rembourrage (15) sont interposés entre lesdites première (12) et deuxième (16) parties de tissu.
Estimant que la société BLH commercialisait sous la marque éponyme des gants portant la référence « RS8 » reproduisant son brevet, la société Dainese a fait pratiquer une saisie-contrefaçon, puis a fait assigner la société BLH devant le TGI de Paris en contrefaçon de son brevet.
Par conclusions du 17 décembre 2008, la société Holding Trophy, venant aux droits de la société BLH à la suite d'une opération de fusion absorption, est intervenue volontairement à l'instance.
Le jugement contient un passage intéressant au sujet de la nouveauté du brevet ; le tribunal arrive à la conclusion qu’un document qui manque sérieusement de clarté ne saurait être destructeur de nouveauté.
***
Pour établir une absence de nouveauté, la société Holding Trophy invoque la demande de brevet européen de la société italienne Alpinestars, enregistrée sous le n° EP 0 769 258.
Cette demande était relative à un procédé de fabrication d’un élément de protection pour chaussures de sport et /ou de vêtements et produit obtenu avec ledit procédé. Elle a été portée à la connaissance du public par sa publication le 23 avril 1997, mais elle a ensuite été définitivement retirée à la suite des observations de l’examinateur de l’OEB. Celui-ci a notamment relevé que la revendication 1 se lisait comme comprenant une simple étape de thermoformage et l’association de la première couche thermoformée mais qu’il n’était pas clair de comprendre comment il était possible de mettre en œuvre deux opérations (thermoformage et association) en une seule étape spécialement lorsque la couche qui doit être associée, est justement la couche qui doit être thermoformée.
Le fait que cette demande ait été retirée ne l’empêche pas de faire partie de l’état antérieur de la technique dès lors qu’elle a été portée à la connaissance du public par sa publication.
Néanmoins, les difficultés soulevées par l’examinateur et auxquelles il n’a pas été apporté de réponse, rendent ce document difficilement compréhensible et exploitable.
Ainsi qu’il a déjà été retenu par les jugements du 8 décembre 2009, il est en effet impossible de comprendre comment sont associés les différents éléments constituant la protection objet de cette invention et comment ils se trouvent associés à la chaussure (ou tout autre vêtement ou accessoire à renforcer).
En effet, il est seulement indiqué que les différentes parties de la chaussure et de la protection constituée de matériau composite transformable et de doublure sont placées ou disposées « adjacentes », sans plus de précision et les dessins sont insuffisants pour faire comprendre le procédé de réalisation qui serait envisagé.
Un tel document ne divulgue aucun enseignement exploitable.
Au surplus, il n’expose pas que l’élément de protection se trouve intégré au vêtement ou à l’accessoire à renforcer mais qu’il y est associé alors que le brevet de la société Dainese explique comment un élément de protection est intégré au gant, sans couture pour le fixer.
Ainsi au vu de ces seuls éléments, il apparaît clairement que la demande de brevet de la société Alpinestars n’est pas de nature à détruire la nouveauté de l’invention de la société Dainese.
***
TGI Paris, 25 novembre 2010
Dainese c. BLH et Holding Trophy
Disponible sur la Base Jurisprudence de l’INPI.












